Cheikh Saadbouh Diop un des artisans du pèlerinage à Nimzatt a été fidèle à tous les khalifes généraux qui se sont succédé. En effet, Sa famille perpétue cette tradition jusqu’à maintenant, en témoigne le Khayma qui chaque année est accueilli en face de la maison familiale.

Cheikh Saadbouh Diop : il est né Cheikh

Dans le Paris-Dakar datant du 12 janvier 1938, il est écrit : « A l’heure actuelle, il est l’un des marabouts les plus instruit et les plus modernes dans toute l’acceptation du mot que compte le Sénégal est Mouhammed Saadbou Diop, le grand marabout de Massar Diop, bourg situé à 18Km de Kébémer, populeuse escale du cercle de Louga. C’est à St Louis, capitale de la colonie, qu’il naquit le 13 Mai 1898 ».

Le jour de sa naissance coïncida avec le déplacement du khayma (tente) de Cheikh Saadou Abihi, jadis installé à Saint Louis. En effet le grand maître s’apprêtait à se rendre à Keur Maniang, dans le cercle de Louga et il demanda à un disciple d’aller appeler Cheikh Ahmad Diop pour qu’il l’accompagne. Cheikh Ahmad Diop lui fit savoir que Sokhna Khady avait un nouveau-né. Alors Cheikhna demanda qu’on réinstalle le khayma et à Cheikh Ahmad Diop d’amener le nouveau-né. Le nouveau-né fut porté par son père, auprès du Cheikh.

 Cheikhna Cheikh Saadbouh installa le nouveau-né dans sa tente et cita ces vers :

‘ATI SALAM WA ATI TAKHYATI WAL IKRAM NAHAM

SAMAYNAKA MOUHAMAD SAADBOU BI

ANA AZA OUWA ISMOUHOU SEYDINA MOUHAMED ALEYHI WA SALAM.”

C’est à partir de ce moment que les gens ont commencé  à prendre connaissance du véritable nom de ce descendant du Prophète(PSL).

Sept jours après l’enfant, baptisé fut nommé Cheikh Mohammed Saadbouh et  porté au grade de Cheikh pour son homonyme. Ainsi il était dès lors,  le plus jeune Cheikh khadre  de toute l’histoire.

Dans sa jeunesse, Cheikh Mouhammed Saadbouh apprit le Saint  coran chez son père et Chez El Hadji Ndiaye Magueye. Il s’engagea dans l’armée française le 08 Mai 1917. A sa libération  le 08 Mai 1919, son père voulait l’envoyer chez Elhaj Malick Sy pour qu’il complète son apprentissage des sciences religieuses. Cependant l’aîné de sa mère Bassirou Cissé Diakha décéda. Donc il se devait de rester auprès de sa famille.

Rappelons que Bassirou Cissé Diakha est la première personne qui a remis à Serigne Touba un coran écrit de sa main.

Cheikh Saadbouh Diop a été le compagnon fidèle des Khalifes de Cheikh Saadou Abihi, Cheikh Sidaty El Kébir et Cheikh Talibouya. Il côtoyait Cheikh Sidaty étant très jeune et devint ainsi son homme de confianceCette confiance qu’avait la famille de Cheikh Saadou Abihi à l’égard de ce jeune Cheikh fut confirmée par Cheikh Talibouya en 1948. C’est ce dernier même qui a confirmé le statut de Cheikh que son père avait donné à Cheikh Saadbouh Diop à sa naissance. Il a été parmi les premiers disciples à s’enliser dans le sable du désert pour aller effectuer le pèlerinage au lieu saint de Nimzatt

« Depuis 1950,  a-t-il confié, je n’ai raté aucun pèlerinage ».

Il a assisté Cheikh Talibouya  jusqu’à son décès mais aussi son fils aîné Cheikh Sidaty.

L’œuvre du saint homme :

Cheikh Saadbouh Diop a donné un nouveau visage  de la Qâdria, toujours avec l’aval des Khalifes de l’époque. Il était strict dans l’application des préceptes de l’Islam et dans les organisations des Maouloud. Il mettait toujours en garde les batteurs de Tabala, qui dérapaient.

Il n’hésitait pas à trouer  avec un couteau les tabalas qui ne faisaient pas partie de l’arsenal qu’utilisent nos chanteurs.

 

Il était aussi un grand orateur et un grand conférencier. Il pouvait rester sur place parler du Prophète(PSL) et des Ahloubayt des heures durant.

« Lorsque j’étais dans l’armée, dit-il  je célébrais la nuit du prophète(PSL) en apprenant le coran et les poèmes glorieuses en l’honneur du fils de Abdallah ».

Il était aussi un homme réputé en sciences ésotériques, mais aussi un grand écrivain comme son père.

Il dit lui-même au journaliste du Soleil : «  j’ai composé  de nombreux poèmes  à la gloire de Cheikhna  et de l’actuel khalife ;  depuis 33ans, j’écris des poèmes que j’entends éditer ».

Un de ses poèmes a été écrit dans des circonstances extraordinaires. Je l’ai rappelé lorsque j’écrivais l’article sur Guéoul. En effet, en  1982 (ou 1983), Cheikh Saadbouh Diop, alors qu’il était en train de discuter sous l’arbre qui se trouve devant sa maison avec Moustapha Ndiaye Taaha, et Cheikh Saadbouh Sow, resta un instant muet. Quelques minutes après il demanda à un de ses disciples de lui amener son cartable et il commençait à écrire. Après qu’il finit de rédiger, on lui posa la question de cet acte étrange. Il leur dit : «  Mon homonyme Cheikh Saadou Abihi était là tout à l’heure, il m’a demandé si la  miséricorde qu’il avait demandé à Dieu, à Ngoumba s’est avérée, alors j’étais en train de le répondre. »

Et il récita :

« maskhâla Saadou Abihi :

Yâ rahmatal Laahi li zâka dârou beytallâha dârach Chourâ

Yâ ahla Ngoumba Nguéoul qad Ja’akoum charoufoun

Mine  jaddihim tajaddin min  noûrouhim noûrâ[…]

Un long poème de six pages qu’il finit avec :

« Cheikh Ahmadou Diop min nâla wa illâ yatîban […]

Sa spiritualité a été aussi prouvée un jour, à Saint Louis, lorsqu’il devait monter sur le train pour voyager. Il constate que son coran est resté à la maison, alors que le train s’apprêtait à prendre départ. Il demanda au disciple qui l’accompagnait d’aller chercher le coran. La distance entre sa maison et la gare était très grande. Quand celui-ci lui dit qu’ils risquent de rater le train. Il le rassura et lui répondit : «  le train ne quittera la gare que lorsque tu seras de retour par la grâce de Dieu ». Il récita une formule et posa son pied sur  le marchepied d’un wagon.  Le train ne pouvait démarrer, les mécaniciens appelés s’y penchèrent pendant plus d’une heure sans voir de panne. C’est une dame qui observait la scène qui finit par dire : « si cet homme n’enlève pas son pied de là où il l’a mis le train ne démarrera pas ». C’est ainsi qu’il leur dit qu’il attend son disciple parti chercher son livre.

Fait partie de ses miracles aussi, son disciple extraordinaire que tous les fidèles connaissaient, Cheikh Balla Diop, à qui Cheikh Saadbouh Diop a tout inculqué et qui rayonnait jusqu’à sa disparition, il y a quatre mois seulement.

Le ZIKR était la passion  de Cheikh Saadbouh Diop, comme l’écrit le journaliste :

« Notre doctrine a-t-il enfin conclu, c’est l’adoration de Dieu et du Prophète Mohammed  (PSL). L’évocation du nom d’Allah (La ilaha illa llah) est notre nourriture spirituelle  à l’image de Cheikh Saadbouh qui a illuminé cette terre par la seule évocation du nom d’Allah ».

Le Cheikh avait des relations intimes avec les familles religieuses du Sénégal, surtout avec la famille de Cheikh Ahmadou Bamba, dont il fait partie. Les deux familles ont scellé des unions entre elles.

D’ailleurs Cheikh Saadbouh Diop est la deuxième personne à faire l’appel à la prière à la mosquée de Touba, lorsque Cheikh Mouhamadou Moustapha l’inaugurait.

Le  08 mai 1981, il est élevé au rang de chevalier de l’ordre national du lion par l’ex président de la république du Sénégal Abdou Diouf.

Cheikh Saadbouh Diop est décédé  le 06 mars 1985 à Guéoul après son retour  de Touba où il était partie visiter sa famille.

Durant toute sa vie il n’a fait que servir l’islam, Il fut enterré près de son père et de Sa famille, dans le mausolée en face de celui qui abrite ces derniers.

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